Ces anciennes chambres de bonnes, réunies sur 36 m2, n’avaient pas été rénovées depuis vingt ans. Perchées au dernier étage d’un immeuble haussmannien de la rive gauche parisienne, elles logeaient, autrefois, les domestiques des familles bourgeoises installées dans les appartements des étages inférieurs. Réunies il y a bien longtemps en un seul et même espace, elles formaient jusque-là un lieu certes plus spacieux que les chambres d’origine (36 m2), mais « dans son jus et sans organisation spatiale », comme en témoigne le duo d’architectes qui y est intervenu. Emma Collet et Thomas Diettert, qui composent le jeune studio ono, ont ainsi pris le parti de « faire table rase de l’existant » pour livrer un petit espace pensé comme une suite d’hôtel, à la demande du propriétaire, dessinant un parcours singulier, de l’ombre vers la lumière.
Une circulation complexe
« Nous sommes sous les toits, entre le sixième et le septième étage », précise le duo, qui a dû s’efforcer de transformer les contraintes d’un espace complexe et vétuste en opportunités créatives. À commencer par une entrée sombre, car complètement aveugle. « Nous avons choisi d’en faire un parti-pris en contrastant avec la lumière de la cuisine » — non sans rappeler, d’ailleurs, la précédente rénovation d’ono studio, qui mobilisait déjà ce procédé dans une petite surface de l’est parisien.
« Attiré par la lumière », on parvient à la cuisine par un emmarchement. « Nous avons dû composer avec la bassesse de plafond de la cuisine, puisque la charpente existante ne pouvait pas être retravaillée ». Le linéaire de cuisine a donc été placé le long des murs rampants pour maximiser la hauteur de circulation et suivre harmonieusement la forme du bâtiment. Là encore, guidés par la philosophie « architectonique » qui les animait déjà dans leur précédent petit espace, les architectes ont prolongé la cuisine en banquette, posée à la hauteur des allèges de fenêtres pour profiter pleinement des belles perspectives sur le boulevard Saint-Germain. « Cette banquette crée aussi un vrai lieu dans cette petite cuisine », ajoutent-ils.
D’un passage à l’autre
Point central du projet, le passage en travertin est, lui aussi, passé d’entrave à objet créatif. « Ce passage permet de passer à travers les conduits de cheminée et la charpente ; il était étroit et bas de plafond, donc complexe à traiter, mais nous en avons fait une force en l’assumant encore plus qu’il ne l’était déjà. » Ainsi ce passage a-t-il été non seulement allongé, mais aussi habillé de travertin. L’objectif, y intégrer du rangement côté salon, et marquer un cadrage entre les deux espaces. « Pour donner de la matérialité à ce micro couloir, nous l’avons épaissi d’une trentaine de centimètres, doublée de travertin, pour avoir la sensation de passer dans une masse, comprimée entre deux pans de pierre, et d’arriver dans un salon, lui, dégagé. »


